ENTRETIEN AVEC SYLVIE VARTAN

En tournée dans toute l’Europe, Sylvie chante ce soir à l’Arena de Genève. Avant cette unique représentation en Suisse, elle a accepté de répondre à nos questions. C’
est dans sa loge que son mari Tony et elle-même nous accueillent.


LE CD "TOUTES PEINES CONFONDUES"

SVS : Comment vous est venue l'idée de cet album "Toutes peines confondues"?

Sylvie Vartan : Depuis longtemps, je chante des chansons mélancoliques. Même dans mes grands spectacles, il y avait toujours un moment où je chantais seule en
scène, accompagnée par mon pianiste. Je trouvais que les gens appréciaient beaucoup ces moments-là, mais ils finissaient par être noyés dans le tourbillon des
chorégraphies, des danses, etc. que j’aimais beaucoup. En faisant tellement de shows démesurés, je me suis rendu compte que j’avais aussi envie d’autre chose. J’ai
voulu renouer avec des salles plus petites, comme l’Olympia, afin d’être plus proche des gens et pour faire un spectacle plus intimiste, plus profond, avec des textes et
des chansons d’interprète. Donc le disque va avec cette envie.

Ce nouvel album va-t-il sortir au Japon ?

Oui certainement, (elle sourit) et ils vont ainsi pouvoir le décliner en de multiples pochettes, comme ils aiment à le faire habituellement...

Pourquoi ce choix de reprendre la chanson "La chanteuse a 20 ans" ?

Mon parcours est tout de même assez long. Et puis mon histoire avec mon public date de mes 16 ans. Lorsqu’on a eu tant d’émotions partagées, on a un vécu et c’est
une chanson qui est belle et triste à la fois. C’est quelqu’un qui a cette grande histoire avec ce métier et finalement, lorsqu’on chante, on a toujours 20 ans et le public
aussi. Je connaissais bien entendu la chanson, mais au moment où je recherchais du matériel pour mon album, quelqu’un de mon entourage m’a proposé de reprendre
cette chanson. C’est surtout une excellente chanson de scène !

À propos de votre album « Toutes peines confondues », on a surtout parlé de votre collaboration avec Carla Bruni. Mais de nombreux autres auteurs
compositeurs talentueux ont également contribué à la création de cet album. Marc Lavoine par exemple, pour le titre "Il me semble", vous avait déjà
écrit une très belle chanson en 1998 "J'aime un homme marié". Est-ce lui qui vous a proposé ces deux chansons ?

Non, en réalité, c’est mon pianiste Alain Lanty. Il avait dans ses tiroirs de nombreux textes afin d’en composer les musiques et il m’a proposé 3 chansons, qui figurent
sur le disque. « À laisser ou à prendre », « Ne s’attacher à rien » et « Il me semble ». Ce dernier texte est de Marc Lavoine. Je pense qu'il a dû l'entendre mais nous
n'avons pas pu encore en parler ensemble car il est également en pleine promotion.

Cet album est sorti sous le label de vos débuts RCA chez SONY. Êtes-vous heureuse de ce retour aux sources ?

J’en suis ravie. C’est agréable de travailler avec une équipe jeune, dynamique et motivée. Et puis il faut parfois du changement.

LE SPECTACLE

En septembre dernier, vous chantiez à l'Olympia et ce fut un tel succès qu'une suite est d'ores et déjà programmée pour février-mars 2010. Pourtant, la
sortie de "Toutes Peines Confondues" coïncidait avec le spectacle et le public ne connaissait donc pas vos nouvelles chansons. Vos impressions ?

Je fais tout dans le désordre ! En fait, je ne réfléchis pas, je fais tout à l’instinct. Si je commence à penser, je ne fais plus rien. On me sort très souvent des phrases
toutes faites du style « les français n’aiment pas les nouvelles chansons dans les spectacles et préfèrent des chansons qu’ils connaissent », « Ils n’aiment pas les
comédies musicales », etc.

Et pourtant à Vincennes, lors de votre avant-première le 11 septembre dernier, les nouvelles chansons ont été très bien accueillies et notamment « L’
amour avec des sentiments ». Vous jouez la chanson de façon magistrale, un peu comme peut le faire Charles Aznavour.

Ah bon ? Merci ! Oui, il semble que le public présent a beaucoup apprécié et j’en suis très contente.

Le clou du spectacle est sans aucun doute "L'amour avec des sentiments". Qui a eu l’idée de cette mise en scène, sous un réverbère ?

C’est moi.

Renoncez-vous définitivement aux grands shows ?

Non, mais pour l’instant, je suis impliquée dans mon spectacle actuel, plus intimiste. Pourtant, je n’exclus pas un grand spectacle, tout dépendra de mes envies.

Vos costumes de l'Olympia sont signés d'un jeune styliste américain, Mark Zunino. Comment l'avez-vous découvert et pourquoi ce choix ?

Oui, c’est quelqu’un que je connais depuis quelque temps. Il fait des costumes de scène pour des tas de gens aux Etats-Unis. En France, le problème est que les
stylistes créent perpétuellement des collections et n’ont pas le temps etc omme je m’y prends souvent au dernier moment, c’est compliqué.

Est-ce Mark Zunino qui vous a proposé les modèles ?

Non, c’est moi qui ai choisi. Suivant ce que je vais faire comme spectacle, j’ai des idées précises. Ca doit coller avec les chansons, le climat, etc. J’explique, il dessine et j’
accepte ou non. Là-bas, c’est vite fait. On ne perd pas des heures et des mois de tergiversations ou de discussions sans fin. C’est beaucoup plus simple.

La présence de Johnny à vos côtés pour un duo sur la scène de l'Olympia fut incontestablement très émouvant. A-t-il été aisé de convaincre Johnny de
vous rejoindre sur scène ?

A vrai dire, je ne lui ai pas demandé, c’est lui qui a voulu venir. En plus, il était prévu qu’il ne vienne qu’un soir et il a tenu à être présent tous les soirs. Je pense qu’il a
été lui-même très ému par ce que l’on ressent à l’Olympia et par la proximité des gens. Il a
l’habitude de chanter dans de grands endroits. J’ai chanté avec lui au Stade de France en mai dernier et ce n’est pas pareil. Chanter dans une arène est davantage
adapté à du rock’n roll. On ne ressent pas les gens et on les voit en tête d’épingle. C’est un autre point de vue et ce n’est pas aussi bouleversant que de chanter dans
un lieu où on ressent les gens. Comme il y a longtemps qu’il n’a pas fait ça, je pense qu’il a été pris par cette émotion différente.

Avez-vous choisi ensemble d'interpréter "L'hymne à l'amour" et "Non je ne regrette rien" ?

Non, j’avais déjà chanté ces deux chansons aux Etats-Unis sous cette forme-là et comme lui avait déjà chanté l’hymne à l’amour, ce que j’ignorais, il n’y avait pas grand
chose à apprendre. C’était donc plus facile et ça nous a évité de faire trop de répétitions. Il est en tournée, moi j’étais ailleurs, donc c’était plus simple.

Y a-t-il une chance pour que cet émouvant duo avec Johnny figure sur le DVD du spectacle ?

Oui, bien sûr qu’il y sera, ainsi que sur le CD live je pense.

LA TOURNEE

Votre tournée vous a emmenée à Santenay, petit village niché au creux des vignes. Vous y avez chanté sous chapiteau. Quel souvenir gardez-vous de ce
concert ?

Formidable ! Les gens étaient absolument incroyables et leur accueil était extraordinaire pour un endroit certes non loin d’une grande ville, mais tout de même petit. Les
personnes qui ont organisé le spectacle étaient tellement gentils, j’avais une loge somptueuse, bref ils se sont donné énormément de mal que c’en était vraiment très
touchant. Ce qui est sûr, c’est qu’avec une plus petite formation, on peut aller dans des endroits où on ne va pas d’habitude.

Envisagez-vous de retourner sur scène au Japon en 2010 ?

Oui, je pense. Mais les Japonais sont un peu lents pour organiser tout ça. Je ne sais pas encore si ça sera une tournée ou uniquement des concerts à Tokyo. On verra.

Votre premier tour de chant en Bulgarie remonte à octobre 1990 et vous y retournerez prochainement. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Parce que mes spectacles étaient trop grands d’une part, mais aussi parce que le moyen d’accéder à Sofia était impossible. Les camions devaient faire un énorme détour
en passant je crois par l'ex-Yougoslavie , afin d’acheminer le matériel. Il y a donc des contingences d’organisation qui ont fait que c’était impossible.

Comment abordez-vous ce retour sur scène en Bulgarie ?

C’est toujours avec angoisse car pour moi, la Bulgarie reste un endroit bouleversant, qui me déchire. C’est un peu douloureux.

Comme nous le savons, votre fille Darina est née en Bulgarie. Sera-t-elle du voyage ?

Non, elle va rester à Paris. Quand je travaille, je travaille. Si j’ai mes enfants avec moi, je ne pense qu’à eux et je ne peux donc pas penser à des choses importantes. Je
m’inquiéterais pour eux et je serais donc moins attentive à ce que je dois faire.

Que représente la Bulgarie pour elle ?

C’est l’endroit où nous sommes nées toutes les deux, mais je pense que c’est un peu un pays imaginaire. Elle m’y a accompagnée lorsqu’elle était toute petite, elle avait
à peine 3 ans et ne s’en souvient donc plus désormais.

Avant la Bulgarie , vous chantez à Istanbul le 26 octobre. Pourquoi la Turquie ? Êtes-vous connue là-bas ?

Il faut croire que oui, j’y avais déjà chanté il y a longtemps, mais c’est toujours assez exotique… Ce n’est pas très loin de la Bulgarie et quelqu’un a demandé à mon
agent si je voulais chanter là-bas. En Bulgarie et en Turquie, je vais changer un peu mon tour de chant. Evidemment, il y a des gens qui parlent le français, mais il faut
comprendre les textes. Donc je vais rajouter des chansons qu’ils connaissent et ça va être un peu différent. En plus, figurez-vous qu’en Turquie, il ne faut pas que je
chante en pantalon, ils ne veulent pas, c’est interdit ! C’est comme ça. Du coup, j’aurai deux robes pour ce tour de chant.

Les Italiens ne vous ont pas oubliée depuis les années 60 et 70 avec les mémorables shows télévisés DOPPIA COPPIA, CANZONISSIMA et PUNTO E
BASTA et vous avez enregistré au cours de votre carrière de nombreux titres en italien. Pourquoi vous faites-vous si rare en Italie, scéniquement parlant
?

J’aimerais beaucoup faire des concerts à Rome et à Milan. On me demande toujours de participer à des émissions de télévision là-bas, mais avec d’anciennes chansons.
Les vieilles chansons, ça va deux minutes, mais je me demande si, à quelques mois d’intervalle,
d’entendre toujours les mêmes chansons, ils ne s’en lassent pas. Pourtant, comme j’ai une nouvelle maison de disque, ça va peut-être changer la donne de ce côté-là.
On verra…

Votre pianiste Gérard Daguerre, qui vous a accompagnée pendant de nombreuses années, est présent sur scène à vos côtés sur ce nouveau spectacle ?

Alain Lanty était également un excellent pianiste qui m’a merveilleusement accompagnée, mais il n’a pas pu se libérer. Oui, Gérard est un garçon adorable, un pianiste
merveilleux et un ami de longue date.

Avez-vous des projets ?

Oui, on va refaire l’Olympia les 4, 5 et 6 mars 2010. Aujourd’hui, les tournées sont espacées pour tout le monde, ce n’est pas très pratique. Revenir, repartir, je n’aime
pas trop ça. Il y a toujours une mise en route qui fait qu’on perd le rythme et la cadence. Quand je pars en tournée, je pars. Je préfère enchaîner que d’avoir des
ruptures. Mais aujourd’hui, tout le monde fait comme ça, c’est ainsi.

Vous chantez ce soir à Genève, avez-vous un souvenir marquant de l'un de vos passages ici en Suisse ?

Oui, je me souviens avoir chanté à la patinoire (des Vernets, à Genève ndlr), dans des robes à moitié dénudée. Nous étions transis de froid. Et pourtant Dieu sait que,
lorsqu’on chante, on n’a ni mal, ni froid, ni chaud, on est ailleurs. Mais là, c’était glacial et j’en ai un souvenir cuisant. Dans ma robe bleue c’était terrible ! Evidemment, il
faut avoir les muscles chauds pour danser et mes danseurs étaient également dans un état épouvantable. Mais bon, ça fait partie des époques épiques… Les chapiteaux,
les patinoires, c’est ce que fait le charme (elle rit).


Merci Sylvie pour cet entretien et bon concert.

Genève, le mercredi 7 octobre 2009