ENTRETIEN AVEC BENOIT KAUFMAN

Benoît Kaufman me reçoit dans les nouveaux locaux de sa société de production « Topaze International » à Gland, sur la riviera vaudoise. Arrangeur et
chef d’orchestre de Sylvie pendant de longues années, il est - entre autres - l’orchestrateur de nombreux tubes dont « Nicolas » pour Sylvie, « Gabrielle
» pour Johnny ou encore « La java de Broadway » pour Michel Sardou. Marié et père de quatre enfants, Benoît Kaufman s’est installé depuis presque
20 ans sur les bords du lac Léman. Discussion à bâtons rompus avec un homme passionné, direct, qui ne pratique pas la langue de bois !



Christian Revaclier :
Quel a été votre parcours professionnel avant de rencontrer Sylvie ?

Benoît Kaufman :
C’est un parcours tout ce qu’il y a de standard. J’étais un musicien classique, j’ai fait le Conservatoire National, de l’harmonie, du contrepoint. Et puis à 16-17 ans, j’
étais comme tous les petits gars, je jouais de la guitare dans un groupe (ndlr : Les Champions). Ca remonte à loin ! C’est à cette époque que j’ai commencé à écrire. Ce
n’était pas encore l’air du computer et des séquenceurs et mon premier arrangement, j’ai dû le faire en remplacement de quelqu’un. A 20 ans, j’ai commencé à travailler
avec Michel Chevalier qui chantait « Je veux t’aimer pour un milliard d’années » qui s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. J’ai ensuite travaillé avec
Michel Polnareff – je suis quand même de la génération Polnareff - et c’est moi qui ai orchestré avec lui « Le bal des Laze ». Il ne s’en souviendra peut-être pas car il ne
se souvient que de ce qui l’arrange… mais c’est tout de même moi qui ai fait le premier vrai disque connu de Polnareff ! Je me souviens qu’il y avait un titre qui s’appelait
« La tête à Mathieu » sur lequel je jouais de la basse et du piano. C’était le début de ce que j’allais faire plus tard dans beaucoup de circonstances et où j’allais jouer
plein de choses. C’est à cette époque que j’ai dû rencontrer Sylvie pour la première fois, ainsi que Michel Sardou. Petit à petit je suis devenu ce qu’on appelait un
arrangeur « dans le coup » et puis j’ai eu la chance de connaître plein de monde dans un métier qui est loin d’être parfait hélas.


C.R. :. Dans quelles circonstances avez-vous été amené à travailler avec Sylvie en tant qu’orchestrateur et à quand remonte votre première
rencontre/collaboration ?

B.K. :
J’aurais du mal à dire cela en terme d’années. Je pense que ça devait être en 1970, indépendamment du fait que j’ai dû travailler avec elle en tant que musicien
plusieurs fois. Par la suite, je crois me souvenir que c’était Jacques Revaux qui produisait Sylvie à l’époque et comme je vendais un maximum avec Sardou et Hallyday, ils
ont fait appel à moi... Et puis Sylvie, c’était une amie ! Nous vivions dans la même rue à Beverly Hills ! Elle était très différente lorsqu’elle vivait en Californie. Par exemple,
quand nous sortions au restaurant, personne ne la reconnaissait. Par contre, dès qu’elle mettait un pied sur le sol français, elle était métamorphosée ! Après l’avoir
revue quelques années plus tard (ndlr : Lors du passage de Sylvie à l’Arena de Genève, le 5 novembre 2004), elle me donne l’impression qu’elle est devenue, dans le
quotidien, ce qu’elle était aux Etats-Unis à l’époque. C’est à mon avis une grande métamorphose, ça prouve aussi sa maturité. Aujourd'hui, elle est gentille, agréable,
affable avec les gens, jamais impatiente.


C.R. : Et comment se sont passés ces retrouvailles ?

B.K. :
C’était très agréable ! Je me suis retrouvé devant Tony comme si c’était mon vieux cousin ! Et pour lui aussi ! Quand je suis rentré dans la salle, elle ne m’avait
pas vue car elle était en répétition. A un moment donné, elle a tourné la tête, m’a regardé, enlevé ses lunettes et elle a hurlé « Benoît ! » Elle disait : « Tony, look who is
here ! » (« Tony, regarde qui est là ») Du coup, Tony me regarde, se met à hurler comme elle et ils se mettent à danser le morceau d’introduction du Palais des Sports
1981 dont je ne me souvenais pas ! Eux se souviennent des arrangements que j’ai pu faire et pas moi ! Alors c’était drôle. Ils étaient hystériques pendant un moment,
c’était plus que sympathique. Ensuite, je l’ai vue sur scène et franchement j’ai été blousé !


C.R. : Le spectacle vous a plus ?

B.K. :
Non ça ne m’a pas plu et je le lui ai dit ! Je trouve que c’est d’une pauvreté en musique. J’ai d’ailleurs dit ce que j’en pensais à Charley Marouani et à Jean-Luc
Azoulay au risque, de nouveau, de paraître très critique. J’ai regardé il y a quelques jours de cela des extraits du Palais des Sports 1981 et il faut dire qu’il y avait de ces
arrangements. Comme ça sonnait ! Et ça n’a pas vieilli. Je me suis vu et entendu, ça m’a fait tout drôle. C’était la bonne époque. J’étais vraiment au maximum de mes
capacités, arrivé à maturité musicalement et je faisais beaucoup de choses aux Etats-Unis. Mais les petits gars sur scène là, ce sont des rigolos. Il faut bien le dire ! Ce
sont des musiciens à trois sous ! A l’économie certainement. Pas de cuivres qui tiennent la route, pas de batteur… C’est d’une tristesse lamentable. Mais bon, Jean-Luc
(ndlr : Azoulay, producteur du Palais des Congrès 2004) m’a dit : « C’est le son de maintenant ». Alors bon, si c’est le son de maintenant… mais je n’ai pas le sentiment
que ce soit Sylvie et je trouve ça dommage. Au départ, Sylvie n’est pas une grande chanteuse, il faut être lucide ! C’est d’ailleurs des discussions que nous avions
souvent du reste. Quand je lui faisais ses voix témoins, par exemple, on s’engueulait ! C’est surtout une fille qui a une force de travail extraordinaire. Il faut bien
comprendre comment elle fonctionne : Sylvie a besoin d’être entourée, d’être mise en valeur, ce n’est pas que des chorégraphies. C’est comme ça qu’elle existe, comme
ça qu’elle est là et c’est comme ça qu’elle plaît à ses fans. Moi, en tant que musicien – je suis quand même assez averti dans ce domaine – ce que j’ai aimé du spectacle :
c’est Sylvie ! Tony me disait « Hey man, she’s sixty ! » Elle a 60 ans ! 2 ans de plus que moi. De ce spectacle, ce que j’ai aimé c’est ELLE et pour le reste je trouve
dommage qu’elle ne soit pas mieux entourée. Les gens penseront ce qu’ils veulent… Si vous dites autre chose, je viens vous trouver ! (Rires.)


C.R. : Par rapport aux arrangement que vous avez fait en 1977 et 1981, qu’est-ce que vous retenez et qu’est-ce vous avez gardé de ces spectacles
auxquels vous avez participé ?

B.K. :
J’ai adoré les arrangements de « Shake your tail feather », j’ai aussi adoré le medley sixties qui me rappelait mes 15 ans, l’époque de Vince Taylor. D’ailleurs, il y
avait aussi un medley dans le spectacle du Palais des Congrès en 1977 et ça aussi c’était une « éclaterie » totale. Il y avait aussi des choses qu’elle voulait absolument
comme « Jerry ». Bon c’était mignon, c’était sympa mais bon ce sera jamais des « Substitute » (ndlr : Solitude). En ce qui concerne « Nicolas », nous étions carrément
dans le moule c’était facile. C’est une musique que je connais bien, ça résonne aussi dans mes artères quelque part, du moins dans celles qui sont pas trop bouchées !
(Rires) Et Sylvie aussi ! Nous étions chez nous, elle dans sa Bulgarie et moi de l’Est puisque mes parents, eux aussi sont de l’Est. (ndlr : Le père de Benoît Kaufman
était à la fois allemand et polonais et sa mère d’origine lithuanienne). Moi j’ai toujours adoré les grands orchestres dans les spectacles. J’en ai assez des séquenceurs et
des machines… Je le fais tous les jours mais à choisir, si vous me dites demain il y a un spectacle trois semaines en grand orchestre alors là, je le fais tout de suite. C’est
dommage que des gens comme Sylvie ne fasse pas un petit effort pour avoir un orchestre un petit plus pointu. Mais quand j’entends un gars comme Azoulay dire qu’il s’
en fout, qu’il trouve encore que c’est mieux comme ça parce qu’on peut mieux faire le son sur scène... Maintenant ils bossent tous comme ça, je n’ai plus rien à dire. Si
je n’avais rien à faire, je serais mortifié ! Il se trouve que ce n’est pas le cas, mais c’est dommage. De toute façon, je reprendrai contact avec Sylvie dans les mois qui
viennent et je lui dirai carrément : « Sylvie : on fait un truc ensemble !». Ça serait bien. Vous savez la musique – je veux pas me prendre pour un grand – c’est un petit
peu comme la Haute Couture : quand on sait la faire, que l’on a un certain métier et qu’on a soixante balais, on fait quelque chose à leur dimension. La dimension de
Sylvie ce n’est pas « pouet pouet pouet » sur un computer ! Sylvie, ce n’est pas Britney Spears, ni Kylie Minogue ; elle n’en a pas l’âge. Sylvie c’est autre chose qui a
aussi sa raison d’être et une valeur artistique. Tout le monde n’a pas besoin d’être Kylie ou Britney. Si j’étais hors du créneau Sylvie, si je n’avais pas travaillé avec elle,
je n’aurais peut-être pas la même vision des choses. Mais je la connais de l’intérieur alors je ne peux pas voir Sylvie autrement. Si je dis que moi je pense que derrière
Sylvie aujourd’hui c’est bien au-delà de ce qu’il faudrait pour que ce soit mieux, ça veut dire qu’elle n’est pas aidée. Les danseurs sont moyens, les musiciens sont plus
que moyens, la prestation de Sylvie n’est plus la prestation qu’elle avait avant, mais à l’âge qu’elle a, faire ce qu’elle fait, c’est inimaginable ! Pourquoi ne prennent-ils pas
les devants et ne font-il pas véritablement un petit orchestre sympa avec 3-4 cuivres ? Ce serait mieux que toutes ces merdes de computer qui n’ont aucun goût, ce
sont des trucs plats, c’est comme la photo numérique 640 points quoi ! De toute façon, il n’y avait pas d’arrangements sur scène. C’était : on se donne tous rendez-
vous au tas de sable, quand c’est fini, on s’arrête ! ça y est on s’est arrêtés, on prend le prochain morceau ! C’est une rigolade !



C.R. : Vous n’avez pas vu les précédents spectacles de Sylvie dont les arrangements étaient signés Philippe Delettrez ?

B.K. :
Non, car j’étais aux Etats-Unis à ce moment-là, je ne savais pas trop ce qui se passait ici. Moi, ce que je connais vraiment de Sylvie c’est surtout au niveau des
années 80. C’était là qu’elle était la plus brillante et c’est là où elle a fait tout ce qu’il fallait pour être au top de sa forme et de sa crédibilité d’artiste. Elle reste toujours
crédible, c’est toujours Sylvie Vartan, c’est toujours une fille exceptionnelle – je dis toujours une fille, je n’arrive pas à dire une dame car je la vois toujours comme une
gamine ! A côté de ça, elle n’a pas ou elle ne peut pas faire mieux pour l’orchestre.


C.R. : Est-ce une question de moyen selon vous ?

B.K. :
Peut-être qu’un Benoît Kaufman coûte trop cher ! Je ne sais pas. Et puis la tournée a l’air de bien se passer, il y a du monde. J’ai vu des fans de 65 ans qui se
levaient, dansaient. J’étais mort de rire, j'hallucinais !

C.R. : Et dans le travail comment est-elle ? Exigeante ?

B.K. :
Elle est très sérieuse, elle s’intéresse beaucoup à ce qu’elle fait. Les arrangements ce n’est pas son métier. Etre chanteur ne veut pas dire être pluridisciplinaire.
Dans mes trucs à moi, elle ne se mêlait pas de trop. Elle s’occupait plus des chorégraphies. Pour la musique, que vouliez-vous qu’elle dise ? « Plus vite, moins vite, plus
haut, plus bas ». Mais je suis mauvais client pour vous car pour moi ça s’est toujours très bien passé avec Sylvie.


C.R. : Sur la préparation d’un spectacle, écriviez-vous les arrangements en collaboration avec le chorégraphe, par exemple ?

B.K. :
Il y a deux types d’arrangements. Pour les ballets, je commençais par rencontrer le chorégraphe afin de savoir ce qu’il voulait. On parlait de rythmes, de titres et
ensuite on travaillait chacun de notre côté. C’est dans ce sens-là, très rarement dans l’autre. On a besoin d’étudier le rythme mais en amont, il faut écrire une musique
qui soit dansable. Pour ça, il faut aussi un savoir-faire. Finalement je faisais ce que j’aimais faire et c’est comme ça que la musique se crée.


C.R. : Est-ce vous qui recrutiez les musiciens au moment des spectacles ?

B.K. :
C’était non seulement mon travail, mais c’était ma responsabilité. D’ailleurs je prenais qui je voulais et je ne prenais pas qui je ne voulais pas, je peux vous le dire
! Il y avait peut-être 3 ou 4 rythmiques en tout et pour tout, constituées au niveau de ce que l’on voulait avoir et pour le reste c’était ça, ça et puis plus rien. Plus rien, c’
était souvent, hélas, des musiciens moins compétents. A l’époque, les musiciens de studios ne faisaient pas de scène, c’était rare où alors ils arrivaient et puis c’était «
badaboum » ! Si j’étais d’accord de faire un Palais des Sports, c’est parce que j’avais des bons musiciens, des musiciens de Paris.


C.R. : Vous avez également bien connu Gérard Daguerre qui fût longtemps pianiste et chef d’orchestre de Sylvie ?

B.K. :
Daguerre lui, faisait les tournées avec Sylvie. Il était gentil comme tout. C’était moi qui l’avais engagé à l’époque. Daguerre était loin d’être un grand pianiste, il
avait un jeu de piano très limite à mon avis, mais il avait cette faculté humaine de s’adapter avec certaines personnes et pas forcément d’autres. Par la suite, il a travaillé
avec Barbara, avec qui il a fait de très jolies choses, il était en osmose avec elle.


C.R. : A une époque, Gérard Daguerre a fait les arrangements pour Sylvie et je trouve que c’était très ressemblant à ce que vous faisiez vous !

B.K. :
Il ne pouvait pas faire autrement, sinon Sylvie gueulait ! Il ne faisait pas d’arrangements, il reprenait les miens. Mais comme je vous le disais, Gérard est un bon
pianiste lambda. Personnellement, je n’ai jamais ressenti sa façon de jouer du piano, je la trouve même à la limite triste. Mais vous dire que c’est un mauvais pianiste,
non ! La preuve c’est qu’il plaît, qu’il a travaillé avec Barbara, qu’il a été considéré comme un bon musicien. Ce n’est pas ma tasse de thé, c’est tout ! On ne peut pas
aimer tout le monde mais par ailleurs, ça reste un personnage intéressant. Et puis vous savez, il a eu quelquefois des comportements curieux. C’est un tout. Il était
certainement un peu jaloux. Pour le Palais des Sports, Sylvie voulait, évidemment un truc sérieux et elle a demandé à Benoît... Alors, ce n’est pas marrant d’être
Daguerre, chef d’orchestre de tournée de Sylvie et de venir au piano pendant le spectacle du Palais des Sports. C’est pour cela que, pendant ce Palais des Sports, Sylvie
l’a encensé dans tous les sens, car elle voulait le garder pour les tournées.


C.R. : Et vous, vous ne vouliez pas partir en tournée ?

B.K. :
Non. D’abord parce que je vivais aux Etats-Unis et que je ne pouvais pas forcément revenir ici. En plus, lorsque j’étais à Paris, pourquoi quitter Paris pour aller en
tournée avec Sylvie ? Pour gagner ma vie ? Je gagnais bien ma vie n’importe où. Alors ça ne se faisait pas.


C.R. : Comment et pour quelles raisons s’est terminé votre collaboration avec Sylvie ?

B.K. :
D’abord parce que j’ai quitté la France et puis le travail avec Sylvie dépendait aussi des gens qui tournaient autour d’elle. Ensuite, il y a eu une période très
néfaste en France. Moi j’ai tenu bon car j’avais bien assez de travail.


C.R. : Quel regard portez-vous sur le métier de chanteur aujourd’hui ?

B.K. :
C’est un métier prometteur qui peut donner envie à des jeunes. Mais maintenant tout le monde passe son temps à regarder – ce n’est pas mon cas – sur ce qui
se passe à la Star Ac’ ! C’est devenu presque normal. Moi, je croyais qu’un artiste se faisait dans la durée. Aujourd’hui, ça ne dure plus que le temps d’une émission de
télé et puis on fait de l’achat d’espaces publicitaires dessus. C’est le reflet de la télé et du métier d’aujourd’hui. Ce ne sont plus des artistes que l’on fabrique, ce sont
des faire-valoir. Dans les talk-shows et les émissions, on retrouve toujours les mêmes crétins ! Quand je suis dans mon studio, je n’ai pas ces soucis.


C.R. : Et celui d’arrangeur ?

B.K. :
Pour nous c’est plus grave car il n’y a pas de diplômes chez nous !. Tellement de gens se disent arrangeurs… De plus, tous les gens de ma génération n’existent
plus. Personnellement, je ne suis pas reconverti, car ce n’est pas une reconversion, mais je continue à faire mon métier, alors que d’autres n’ont plus la possibilité de le
faire. Je me dis que j’ai encore de la chance de faire partie de ceux qui travaillent. Les gens viennent dans cet endroit qui est une grande salle de conférence en attendant
la fin des travaux. (ndlr : Pour la petite histoire, les nouveaux locaux de la société de Benoît Kaufman étaient en plein chantier lors de notre entrevue et le studio d’
enregistrement avait été installé dans une salle de conférence.) J’ai de la chance, les artistes viennent. Hier, il y en a une qui est venue à 11 heures du matin et je l’ai
acceptée, à 16 heures elle est partie contente. A 16 heures, un groupe est arrivé et ils m'ont pris la tête jusqu’à 2h30 du matin !


C.R. : Alors parlez-moi de ce que vous faites, de ce que vous produisez en ce moment ?

B.K. :
Moi, je me fais plaisir tant que je peux. Ce n’est pas un métier facile. On produit 3 - 4 artistes et c’est déjà beaucoup. Nous venons de sortir un groupe de rock
francophone « Tafta » qui commence gentiment à exister en Suisse romande. La production musicale coûte cher et nous essayons de la faire de bonne qualité. Je ne dis
pas qu’on est mieux que les autres, mais on essaie de faire autre chose que « pouet pouet boum boum » ! On paie des sommes folles pour que des artistes suisses
existent et avez-vous vu ce que la Suisse vient de proposer pour l’Eurovision ? Des Lithuaniens ! Des Lithuaniens qui viennent chanter pour la Suisse ! D’ailleurs, savez-
vous ce que la télévision m’a répondu à ce sujet, à moi, Benoît Kaufman - parce que là je vais commencer à me prendre la tête - « Tu comprends Benoît, ici en Suisse on
n’a pas assez de gens de métiers. On a voulu prendre des gens de métiers ». J’hallucine !


C.R. : Si ma mémoire est bonne, vous aviez composé une chanson pour l’Eurovision ?

B.K. :
Oui, je l’ai fait plusieurs fois. J’avais d’ailleurs dirigé l’orchestre lors de la finale de l’Eurovision qui avait eu lieu à Lausanne en 1988 ou 1989. (ndlr : Lorsque Céline
Dion avait remporté la finale pour la Suisse avec la chanson "Ne partez pas sans moi’).


C.R. : Revenons à Sylvie. Comment expliquez-vous sa longévité dans ce métier ?

B.K. :
Je crois que Sylvie a toujours été gracieuse et elle a eu sa part du gâteau. J’appelle ça être une bienheureuse, car avec tout ce qu’elle a subi… Elle a toujours été
critiquée mais tout le monde va la voir quand même ! J’ai entendu des trucs au Palais des Congrès ! On ne disait pas que c’était le Palais des Congrès, on disait que c’
était le Palais des progrès ! N’empêche, elle est toujours là, elle fait son truc et il y a toujours des fans. Cette fille est incroyable et je ne la vois pas dans un rôle de
Mamy !


C.R. : Si vous aviez un message à lui faire passer, que lui diriez-vous ?

B.K. :
Qu’elle change d’orchestre ! (Rires). Et aussi que j’aimerais bien refaire quelque chose avec elle !

Un grand merci à Benoît Kaufman pour son accueil chaleureux et sa disponibilité et pour avoir su me mettre à l'aise, moi qui était très intimidé !