ENTRETIEN AVEC JEAN-JACQUES DEBOUT

Parmi les amis proches de Sylvie Vartan, Jean-Jacques Debout tient une place à part. Auteur-compositeur de génie, artiste talentueux, Jean-Jacques Debout a d'abord
été secrètement amoureux de Sylvie avant qu'une tendre complicité ne s'installe entre eux.

Récemment, j'ai rencontré Jean-Jacques Debout à Paris. Autour d'un verre, cet homme sensible et humain m'a raconté quelques moments forts de sa relation avec
Sylvie. Confidences...   

- La première fois que vous avez rencontré Sylvie Vartan, elle était déjà la plus belle pour aller danser ! Comment avez-vous fait sa connaissance ?

J'étais un ami de Daniel Filipacchi qui était un proche d'Eddie Vartan. Tous les trois, nous étions des amoureux du jazz. Daniel Filipacchi était le producteur de Sylvie qui
débutait, il était aussi directeur artistique de la société de disques RCA et il produisait une émission avec Franck Ténot qui s'appelait "Pour ceux qui aiment le jazz" sur
Europe 1. J'assistais régulièrement à leurs rendez-vous radiophoniques. Daniel cherchait des artistes en phase avec son émission et il avait déjà très bien compris qu'on
ne pouvait pas chanter uniquement des adaptations américaines. A la même période, Eddie Vartan m'a expliqué qu'il était le frère d'une jeune chanteuse qui cherchait
des chansons. Grâce à lui, j'ai rencontré Sylvie et je lui ai composé un de ses premiers tubes : "Tous mes copains". D'ailleurs, Sylvie explique dans son autobiographie
que j'ai été le premier à lui écrire des chansons. Par la suite, je me suis attaché à lui constituer un véritable répertoire personnel. Au début des années 60, je lui avais
aussi écrit "Pour lui je reviens". D'ailleurs, je regrette que Sylvie ne chante plus ce titre car c'est une chanson de music-hall qui lui allait très bien.

- Quel genre d'artiste et quelle femme était Sylvie lorsque vous l'avez connue ?

Sylvie a toujours été très studieuse, très attentionnée, très sensible et réfléchie. Je ne l'ai jamais vue baisser les bras même lorsque c'était difficile. Parfois, le public la
chahutait car les gens savaient qu'elle était la fiancée de Johnny. Elle s'est toujours accrochée. Aujourd'hui, c'est une grande dame de la chanson. Dès ses débuts,
j'avais décelé chez Sylvie beaucoup de talent. Vous savez, Sylvie est une fille intelligente et émouvante ; elle ne s'est jamais prise au sérieux. En revanche, elle a toujours
fait son métier sérieusement. Au fond, elle n'en a jamais fait toute une histoire d'être Sylvie Vartan ! C'est sans doute ça sa force.

- Pendant longtemps, le lieu de rendez-vous entre deux tournées était Loconville, non ?

Dans les années 60 et 70, Chantal et moi étions très liés avec Sylvie et Johnny. Sylvie avait acheté sa maison de Loconville, dans l'Oise, et elle emmenait fréquemment
David et mes enfants à la campagne. Nos enfants ont grandi ensemble et cela nous a fait drôle lorsque Sylvie s'est séparée de Johnny. A ce moment-là, j'ai compris que
"le temps des copains" était terminé. Mais je revois malgré tout très fréquemment Sylvie et Johnny.

- Sylvie reste fidèle à ses amis. Elle a d'ailleurs eu un geste très touchant à votre égard alors que vous étiez en prison il y a trois ans...

Oui, Sylvie m'a écrit en prison. C'est la première lettre que j'ai reçue car, dès qu'elle a su que j'étais en prison, Sylvie s'est démenée pour m'envoyer un courrier depuis
Los Angeles. Du reste, je ne sais pas comment elle a obtenu l'adresse... Elle est passée par le fax de la prison et elle m'a adressé trois lettres pour me remonter le
moral. En substance, Sylvie me disait de tenir le coup, que ce n'était pas grave et que de telles choses pouvaient arriver dans la vie. Sylvie me disait aussi qu'elle serait
en France à la fin de l'été 2003 et qu'elle espérait bien me revoir. Je dois d'ailleurs dire que Sylvie m'a écrit très souvent lorsque j'étais en prison. C'était vraiment très
gentil à elle d'autant que je m'attendais à tout sauf à cela. D'abord, parce que je savais qu'elle était loin, à Los Angeles, où on ne sait pas forcément tout ce qui se passe
à Paris ! De plus, Sylvie a appelé Chantal tous les jours pour lui remonter le moral. Sylvie a été formidable et sentimentalement elle m'a beaucoup aidé. Tout comme
Johnny d'ailleurs. Lorsque je suis sorti de prison, Johnny m'a invité dans son restaurant parisien. Nous nous sommes retrouvés au "Balzac" et nous avons évoqué tous
nos vieux souvenirs. Comme vous pouvez le constater, Sylvie et Johnny sont de vrais amis.

- Sylvie connaît des moments pénibles depuis plusieurs mois puisque sa maman a de gros ennuis de santé. Quels souvenirs gardez-vous de Néné ?

C'est une femme formidable, très belle et je lui souhaite une bien meilleure santé. Néné a beaucoup de points communs avec Sylvie. Je me souviens que nous nous
retrouvions, au début des années 60, dans l'appartement des parents de Sylvie avenue Michel-Bizot, dans le douzième arrondissement de Paris. Dans ce logement, se
trouvait le piano droit, marron, du père de Sylvie sur lequel je jouais. Le père de Sylvie, qui avait une formation musicale classique, orientait ma manière de jouer. Du
coup, Néné se fachait et disait à son mari de me laisser jouer comme je le souhaitais... Sylvie riait beaucoup. Vers 17 heures, Madame Vartan nous préparait des crêpes.
Le soir, elle nous gardait à dîner et nous préparait de la Moussaka. Ce sont de très bons souvenirs pour moi. Quelques années plus tard, Néné s'est aussi occupée de
mes enfants à Loconville. Il y avait une vraie ambiance familiale. J'aime beaucoup cette famille. On avait envie de tendre la main à ces gens parce qu'ils étaient tous bien :
Eddie était très gentil et très doué, Sylvie était un amour, ses parents aussi. Cette famille d'artistes était adorable et, pourtant, ils avaient connu le pire en vivant et en
fuyant la Bulgarie. Du reste, j'ai tout de même l'impression que Paris et la France doivent manquer à Sylvie, par moments. Comme vous le savez, ses amis sont ici.

Paris, mai 2006
Stéphane Weiss pour SVS