ENTRETIEN AVEC JUDITH COX

IChristian Revaclier :
Quel a été votre parcours professionnel avant de rencontrer Sylvie Vartan ?

Judith Cox :
J'ai fait mes débuts professionnels à 12 ans dans trois comédies musicales : « The King & I », « Oklahoma », et « Funny Girl » avec le Civic Light Opera Association de la
région où j'habitais, près de Los Angeles. Je mesurais déjà 1m64 donc ça allait très bien à côté des adultes ! A 18 ans, je suis partie en tournée à travers les Etats-Unis,
au Canada et à Puerto Rico pour faire des grand spectacles dans des hôtels ou avec des « show groups ». J’accompagnais des chanteurs et avais déjà l'habitude de faire
de la route ! Je suis arrivée en France pour la première fois, en novembre 1975. Je venais pour faire le spectacle au Casino Ruhl de Nice. La première danseuse, Jany
LaCroix, était française - bien connue dans le monde de la danse à l’époque et qui a fait une superbe carrière - m'a suggéré de monter à Paris chercher du travail après
le fin du contrat a Nice. J'avais appris la langue française, j’adorais ce pays donc j'ai décidé de rester pour tenter l'expérience.

C.R. : Dans quelles circonstances avez-vous été amenée à travailler avec Sylvie et à quand remonte votre première rencontre/collaboration ?

J.C. :
Je suis arrivée à Paris en novembre 1976, et, avec Jany, ai pris un cours de danse avec Victor Upshaw. Nous sommes ensuite aller boire un verre avec Irene
Fontes - une autre grande - qui m'a parlé d'une audition qui avait eu lieu quelques jours plus tard pour un show de variété à la télévision donné par un chorégraphe de
Los Angeles : Claude Thompson (NDRL : Pour le show « Dancing Star »). Comme j'étais de la même ville et que je le connaissais, Irene m'a donné les coordonnées de
son assistant, Phil Phillips, afin que je puisse le contacter au cas où ils cherchaient toujours des danseurs. Vous allez rire - et j’en connais un qui va me tuer ! - j'ai
appelé Phil le soir même et sa femme m'annonce qu'il était dans son bain. Je lui explique alors le comment du pourquoi, elle me répond qu’elle pense que Phil souhaiterait
me parler et me demande si elle veut que je le fasse sortir de sa baignoire. J’ai hésité car je voulais lui parler mais pas le déranger, et surtout pas le fâcher. Alors j’ai dit
« oui » ! Je me rends compte maintenant que c’est ce moment exact qui a déterminé les 8 années suivantes de ma vie ! Incroyable ! Le lendemain, j'ai été auditionnés
par Phil et Claude dans une salle de répétition du Théâtre de l'Empire et ils m'ont embauchée. Nous n'avons répété que trois semaines, sans faire le tournage à cause
d'une grève, mais j'ai eu l'occasion de connaître Gary Chapman et Johnny Almaraz. Je suis ensuite retournée à Nice où j'ai donné des cours tout en gardant le contact
avec Gary par courrier. Il m'a demandé un jour si cela m’intéresserait de faire partie de la troupe de tournée de Sylvie. J'ai répondu par l'affirmative et il a présenté l'idée
à Sylvie et Claude à Los Angeles. Ils étaient d'accord et quelques semaines après, j'ai reçu un coup de fil d'Hubert Le Forestier pour reprendre les répétitions pour le
tournage du show TV, et pour partir après en tournée. (NDLR : Le show TV a été enregistré en juin 1977 et la tournée d’été a suivi immédiatement après) J’avais déjà
13 ans d'expérience, certes, mais j'aurais pu aussi retourner aux Etats-Unis après Nice. On crée nos propre opportunités et on ne sait jamais ce qui va se passer dans
la vie.


C.R : Vous êtes américaine, connaissiez-vous Sylvie Vartan en tant qu’artiste avant de travailler avec elle ?

J.C :
Non, je ne le connaissais pas du tout.

C.R : Combien de temps avez-vous passé dans la compagnie de Sylvie au total ?

J.C :
Huit ans et demi. De décembre 1976 à juin 1985.

C.R : De tous les spectacles de Sylvie auxquels vous avez participé, lequel a été votre préféré ?

J.C :
Je dirais le spectacle du Palais des Sports 1981, pour la qualité des chansons, pour la manière dont Sylvie était mise en valeur, pour le concept général, le rythme
du show, la qualité des chorégraphies et de la direction, pour les costumes et les éclairages. Je pense que c’était le meilleur des trois auxquels j’ai participé. J’ai toutefois
une tendresse particulière pour celui du Palais des Congrès 1977. C’était mon premier grand show pour Sylvie et j’avais l’impression que nous n’arrêtions pas une
minute. Nous avions une dizaine de numéros dansés et étions constamment dans le mouvement tout au long du show, que ce soit sur scène ou en coulisses en train de
changer de costumes.

C.R : Vous souvenez-vous d’une chorégraphie que vous aimiez particulièrement danser ?

J.C :
Mon premier choix serait « Enough is enough » du Palais des Sports 1981. Claude Thompson avait créé ce numéro spécialement pour nous les filles et c’était un
numéro très fort, avec une direction pointue, vraiment exceptionnel. Le second choix serait un ballet que nous appelions « Latino » et qui ouvrait la deuxième partie du
spectacle du Palais des Congrès 1977. Ce ballet liait en quelque sorte celui de « Georges » et de « La drôle de fin ». J’ai toujours adoré ce style de danse un peu latine.
Cette chorégraphie demandait de la maîtrise et une grande énergie et j’adorais la danser !

C.R : Quel a été, selon vous, le chorégraphe qui a le mieux mis en valeur Sylvie ?

J.C :
Difficile à dire puisque je n’ai travaillé que sur les shows chorégraphiés par Claude Thompson. « La drôle de fin » était un ballet que Walter Painter avait créé et qui
était repris dans de nombreux spectacles car c’était un classique. Maintenant, je ne connais pas vraiment ce qu’a fait Sylvie par la suite.

C.R : Avez-vous des anecdotes amusantes de cette époque à nous raconter ?

J.C :
Dans des moments comme ceux-ci, il aurait été quelques fois nécessaires d’être présents pour pouvoir mieux apprécier leur côté hilarant. Toutefois, voici quelques
anecdotes :

L’effet de domino : Le décor pour le final du Palais des Congrès 1977 était composé de plates-formes de différents niveaux (La chanson « Dancing star » était
entrecoupée par un extrait de « L’ouragan » de « The Wiz ») Nous étions trois ou quatre filles en haut de la plate forme côté jardin. Pour arriver à cette plate forme
depuis les coulisses, il y avait une rampe inclinée à 45 degré et couverte d’un papier réfléchissant, essentiel pour les lumières mais pas très efficace pour courir ! Durant
une des représentations, la première fille a glissé et est tombée. Elle a essayé très difficilement de se relever - chose très difficile lorsque l’on est vêtu d’une longue robe,
portant une parapluie, un masque et une perruque - tout en essayant de négocier l’inclinaison. Les autres filles lui sont rentrées dedans et sont toutes tombées. Puis on
a toutes glissé jusqu’au bas de la rampe et nous n’étions plus qu’un enchevêtrement de bras, de jambes et de parapluies ! C’était un de ces moments où nous rions si
fort que cela nous paralysaient pendant quelques secondes. Nous n’avions pas pu faire autrement et avons crié, ri jusqu’à en pleurer. Nous nous sommes vites remis en
place sur la plate-forme mais nous étions déjà très en retard sur la musique. Heureusement que c’était le final !

Il n’y pas le feu :

Il y a un très joli théâtre ancien à Liège en Belgique où nous avons joué souvent lors de tournées. Un soir, pendant l’entracte - je ne me souviens plus en quelle année -
la machine à faire les fumigènes commençait à produire de la fumée pour les effets du prologue de la deuxième partie du spectacle. Le rideau était fermée et la seule
chose que le public voyait était de la fumée sortant dessous le rideau. Une femme dans la salle a soudainement crié « Au feu » et les gens ont commencé à sortir en
courant. Hubert (NDLR : Leforestier, le secrétaire de Sylvie à l’époque) est alors monté sur scène avec un micro pour expliquer pourquoi il y avait de la fumée et à quoi
cela servait. Les gens sont revenus s’asseoir et nous avons pu continuer le show.

Encore une catastrophe :

J’ai été plutôt chanceuse dans ma carrière avec les costumes et n’ai jamais eu trop de problèmes. Durant le Palais des Congrès 1983, Steve Gok et moi étions au milieu
de « Shake your tail feather ». A un moment donné les filles tournaient sur elles-mêmes, le dos touchait le sol et ensuite les garçons les tiraient en-haut. Steve a marché
sur ma jupe en me tirant, le crochet s’est défait et la jupe est restée sur le sol ! Je l’ai alors attrapée avec mes mains et ai couru en coulisse où on me l’a remise en 15
secondes, ce qui était une performance.


It's raining teeth ?

Un soir, pendant le spectacle au Palais des Congrès 1983, Veronica Newth, a.k.a. Conky et moi-même attendions le moment de monter sur scène pour la chanson " It's
raining men ". Une seconde avant notre entrée, la couronne de la dent de devant de Conky tomba. C'était un ballet durant lequel nous avions l'opportunité, tout en
dansant, de chanter avec des micros. La pauvre Conky, durant tout le ballet, utilisa ses lèvres pour tenter de maintenir sa dent en place. Un instant, nous devions nous
retrouver face à  face. Je me servis alors de mes yeux pour tenter de lui faire comprendre du regard d'utiliser son microphone pour appuyer très fort sur sa dent. Elle a
alors levé les yeux vers moi et m'a regardée complètement interloquée. Elle n'avait pas compris ce que je tentais de lui dire. Du coup, j'ai complètement perdu mon sang
froid et j'ai été prise d'une crise de fou rire durant tout le reste du ballet. Incapable de chanter, je remuais simplement mes lèvres, aveuglée par mes larmes qui coulaient
ensuite sur mes joues.

C.R : Sylvie était-elle exigeante dans le travail ?

J.C :
Sylvie s'étant toujours entourée de gens très professionnels avec des bases solides et beaucoup d'expériences, ça n'a donc jamais vraiment posé de problème.

C.R : Qui a mis fin à votre collaboration avec Sylvie ?

J.C :
Personne. C'était un peu bizarre. Nous étions au Japon en juin 1985 pour une semaine. Après le final du dernier spectacle, j'ai eu un étrange sentiment que c'était
la fin de mon temps avec Sylvie. Ce n'était pas le résultat de quelque chose qui était arrivé ou que quelqu'un avait dit, ça venait de l'intérieur et c'était très soudain.
Toutes sortes de souvenirs des grands shows et des tournées que j'avais faites, tous ces gens que j'avais rencontrés et avec qui j'avais travaillés pendant toutes ces
années me sont revenues en tête et j'ai éclaté en sanglots. Sylvie et Tony me regardaient comme si j'étais devenue folle et m'ont demandé : Judith, que se passe-t-il ?
J'ai répondu : " Voilà , ça y est, c'est la fin. " Ils étaient toujours en train de me regarder comme si j'étais dingue en me demandant de quoi je parlais et me disant que
rien de tout cela n'était vrai et qu'il y aurait encore beaucoup de choses à venir. Cela a peut-être donné l'idée à Sylvie de prendre une longue pause ! Je ne sais pas mais
ça a été le cas. C'était très étrange.

C.R : Quel regard portez-vous sur la carrière de Sylvie et sur ses choix musicaux actuels ? Comment expliquez-vous sa longévité dans ce métier et
l'amour que lui porte toujours autant son public ?

J.C :
Je ne suis pas très au fait de ce qu'elle fait en ce moment mais elle a toujours fait de très bons choix donc je lui fais confiance, ça doit être très bien. Autant j'ai
adoré les ballets dans lesquels j'ai dansé en sa compagnie, autant la Sylvie que je préfère est lorsqu'elle est " juste Sylvie ", c'est-à-dire seule en scène avec un piano et
de fabuleuses chansons. Elle est une interprète et c'est dans ces instants calmes que l'on découvre le meilleur de son art. Elle a toujours été très réfléchie, a toujours eu
des tas de choses à dire, à exprimer et elle a vécu des tas d'expériences. Ces expériences se ressentent dans ses performances scéniques. Ce qui est présenté au public
a nécessité des heures, des semaines ou des mois de création, de répétition. Personne ne réalise réellement tout le travail qu'il a fallut fournir pour en arriver à ce
résultat. Et elle fait tout ça pour son public. En résumé, je pense qu'elle a donné une partie de sa vie au public, qui le lui rend bien et nous en ressortons tous enrichis.

C.R : Quelles sont vos activités aujourd'hui ?

J.C :
Je me suis retirée du milieu du show business et je suis retournée aux Etats-Unis en 1990. Là j'ai repris des études de droit. J'ai travaillé dans le domaine des
litiges de la propriété intellectuelle (brevets, marques déposées, droits d'auteur) pendant 12 ans. En 2000, j'ai rencontré mon mari Paul Frazier et nous nous sommes
mariés en juin 2004. Il travaille comme éditeur et producteur délégué pour la télévision, notamment pour des 'reality shows' comme " Big Brother " ou " The Amazing
Race ". Avant de nous rencontrer, Paul n'avait jamais voyagé ailleurs qu'aux Etats-Unis. A présent, il s'est déjà rendu en Irlande et à Venise notamment, pour son
travail. Il m'a aussi fait une surprise au cours d'un voyage que nous avons effectué Londres. Devant Buckingham Palace, il m'a demandée en mariage. Il aime l'Europe et
désir tout découvrir. Nous espérons aller en France d'ici quelques années, car il y a des tas d'endroits que je rêve de lui faire découvrir. Sait-on jamais, un jour vous
nous croiserez peut-être dans une rue de votre ville. N'hésitez pas, venir nous voir et nous dire bonjour !

C.R : Comment avez-vous connu le site SylvieVartanShow et qu'en pensez-vous ?

J.C :
De temps en temps, je recherche sur internet des gens avec lesquels j'ai travaillé. Je pense que je devais chercher le nom de Peter Newton et celui-ci m'a conduit
jusqu'à votre site. Le nombre d'informations et tout le travail qu'il contient est exceptionnel. Je suis très contente que vous ayez répertorié toutes les villes que nous
avons visitées en tournée. J'ai perdu beaucoup d'itinéraires et ces informations sont très précieuses pour moi.

C.R : Pour finir, si vous aviez un message à faire passer à Sylvie, que lui diriez-vous ?

J.C :
Appelle-moi lorsque tu rentreras à L.A. !

Je tiens à remercier très chaleureusement Judi pour avoir pris le temps de répondre à mes questions, pour sa gentillesse et son amitié. Thanks a lot dear Judi ! Et merci
à Véronique pour son aide précieuse.