ENTRETIEN AVEC JACK COPA

Exposition de Jack Copa au Cloître des Billettes à Paris

Le Cloître des Billettes est situé rue des Archives, non loin de l'hôtel de ville de Paris. C'est le seul cloître médiéval subsistant encore à Paris. Orné de voûtes, il date de
1427 et provient de l'ancien couvent des "Frères de la Charité-Notre-Dame", dits Billettes. Aujourd'hui, il accueille des expositions et reste ouvert au promeneur.

Jack Copa a choisi cet endroit pour exposer ses œuvres consacrées à la belle carrière scénique de Sylvie Vartan. Il a accepté de répondre à mes questions pour
SylvieVartanShow.

Avez-vous suivi une formation artistique ?

Non, je suis entièrement autodidacte. Je fais des collages depuis une dizaine d'années, mais auparavant, j'exerçais une activité professionnelle. Il n'y a que deux ou trois
ans que je m'y consacre entièrement et que c'est plus intense.

Est -ce votre première exposition ?

Non, j'ai déjà fait des expositions à Rio, j'y ai décoré un hôtel.

Quel procédé avez-vous utilisé pour ces œuvres ?

Ma recherche, en ce qui concerne Sylvie, ça a été des documents d'époque. En revanche, en ce qui concerne les commandes que je peux avoir, ce sont des montages à
partir de photos de magazines ou autres. Les idées viennent au fur et à mesure, puis je mets mes traits de peinture. Vous avez sans doute remarqué que j'affectionne
particulièrement les lignes. Il faudrait peut-être me psychanalyser pour savoir ce que cela signifie, mais je ne veux pas le savoir. Bref, les idées me viennent.

Vous aimez l'image se dégageant d'une personne ou est-ce la personne elle-même qui vous fascine ?

Au départ, j'aime la personne. J'aurais énormément de mal d'exécuter un collage à partir de quelqu'un que je déteste, même si c'est une commande intéressante. Ca
pourrait peut-être se faire, mais le cas ne s'est pas produit, donc la question ne se pose pas. Les gens que j'apprécie ont la priorité, c'est ce qui inspire le plus.

La France et le Brésil semblent vous tenir particulièrement à coeur. Une raison particulière à cela ?

Je suis français, mais je vis au Brésil depuis dix ans. Tombé dans le piège du Brésil et je n'ai pas envie d'en sortir. La France ne me manque pas vraiment, en revanche
au bout d'un mois, c'est le temps que je reste en général en France, j'ai la saudade du Brésil et je suis content d'y retourner.

Vous avez consacré pas mal de vos œuvres à des artistes internationaux. Le savent-ils, en règle générale ?

Non, pas forcément. Seule Sylvie a été informée de ce que j'allais faire. Il faut dire que c'est ma mascotte, ma danseuse comme on disait autrefois. C'est en quelque
sorte un hommage. J'ai pour projet de faire une exposition sur les grands concerts du siècle. C'est la raison pour laquelle on trouve dans mon catalogue Barbra
Streisand ou Jacques Brel, c'est à dire des gens qui ont marqué, ou qui marquent encore.

Revenons à Sylvie Vartan. On sent à travers votre travail que vous connaissez particulièrement bien cette artiste.

La première fois que j'ai vu Sylvie, c'était en 1963. Nous avons sensiblement le même âge... En 1964, lors de l'Olympia avec les Beatles, j'avais emporté une petite
caméra que mes parents m'avaient offerte. Mais j'étais tellement ému que j'ai laissé le bouchon. Je voyais dans le viseur, mais l'objectif était obstrué, donc tout était noir.

Certaines des affiches que vous avez utilisées sont très rares. Sont-ce des originaux ?

Oui, elles sont toutes originales.

Du point de vue de l'admirateur de Sylvie Vartan que vous êtes, cela ne vous brise-t-il pas le cœur de déchirer et malmener de telles raretés ?

Une petite confidence, c'est que je n'ai travaillé qu'avec celles que j'avais en double exemplaires. J'ai conservé un original, même si parfois, j'ai utilisé le grand modèle et
j'ai conservé la version plus petite. C'est le cas pour l'affiche de "Tour de Siècle" à l'Olympia en 1999.

Quelle est votre affiche préférée de Sylvie et pourquoi ?

Incontestablement, c'est l'affiche de l'Olympia 1970, sans aucune hésitation. Cet aspect psychédélique d'une part et le spectacle d'autre part. Evidemment, j'aime tous
les spectacles de Sylvie, mais celui-là me laisse un souvenir inoubliable parce qu'il était extrêmement rapide. Le spectacle durait il me semble un peu moins d'une heure, il
n'y avait pratiquement pas de coupure entre les chansons, les titres s'enchaînaient, c'était très rythmé. Et puis il n'y avait pas énormément de tubes, mais que des
chansons nouvelles ou presque, mis à part peut-être "Comme un garçon" ou "La Maritza". Les gens ne connaissaient donc pas les chansons et malgré cela, ce fut un
triomphe absolu. Avant cela, Sylvie offrait à son public un tour de chant plutôt classique, elle descendait l'escalier à la façon de Marlène. Mais là, c'était un véritable coup
de poing dans la gueule, ce spectacle était fantastique. Et cette affiche comme on n'en avait jamais fait, tout a été extraordinaire! Je rêverais de revoir ce fameux film qui
a disparu, croisons les doigts pour qu'un jour il sorte, qu'on le retrouve. J'avais rencontré Jean-Marie Périer qui m'avait confirmé qu'un incendie avait eu lieu à l'INA et
que ce document aurait probablement été détruit. Il n'avait malheureusement pas de copie non plus.

Y a-t-il une affiche sur laquelle vous n'avez pas pu travailler et si oui, pour quelle raison ?

Non aucune. Mis à part Sylvie, je n'ai informé personne de mon travail sur des documents. En revanche, j'aurais beaucoup aimé travailler sur l'affiche en noir et blanc de
1972, où Sylvie porte une veste d'Yves Saint-Laurent, bras écartés. Hélas je n'avais qu'une grande affiche et je ne voulais pas la détruire.

N'avez-vous pas rencontré de problèmes avec les divers photographes ?

Non aucun. J'ai mentionné leurs noms et les ai remerciés. Mais à partir du moment où une photo est détournée de son support original, ça ne pose aucun problème.
Mais j'ai toute de même remercié les photographes. Le seul que j'ai oublié est Peter Lindberg

Sylvie est-elle venue voir votre exposition ?

Elle est en pleine répétition de son spectacle au Châtelet, mais je l'avais invitée et elle est venue. Elle devait rester une vingtaine de minutes et finalement, nous avons
passé plus de trois quart d'heure ensemble. Après avoir fait deux fois le tour de l'exposition, elle est repartie avec deux de mes œuvres. Son choix s'est porté sur les
années 60.

L'exposition touche à sa fin, pour vous, quel en est le bilan ?

J'ai vu énormément de monde, notamment grâce aux sites internet de Sylvie, notamment les deux principaux, qui m'ont bien soutenu. De nombreux fans sont venus et
comme c'est un endroit historique, il y a également eu pas mal de personnes venues pour visiter le cloître. Donc je raconte l'histoire du cloître et souvent, on me
demande "Pourquoi Sylvie dans un cloître?". Et bien, pourquoi pas, c'est une salle d'exposition comme une autre, puisqu'elle n'est plus consacrée au culte. Il ne faut pas
oublier non plus que Sylvie a également chanté aux Invalides, alors pourquoi pas un cloître !

On parle même de prolongations, qu'en est-il ?

Ce serait avec plaisir, pour concorder avec un événement parisien lié à Sylvie, mais rien n'est encore sûr. Promis, je vous tiendrai au courant. Ce qui est certain, c'est que
j'aimerais beaucoup donner l'opportunité aux gens de Province de visiter mon exposition. Mais il y aura certainement d'autres occasions, puisque Sylvie Vartan ne
semble pas avoir l'intention de s'arrêter.

Quels sont vos projets? Vos envies ?

J'ai des projets au Brésil puisque je prépare une exposition à Rio sur "Une année, un jour, une ville". Ce seront des collages sur toile avec par exemple l'évocation d'Eva
Peron pour Buenos Aires, il y aura la princesse Diana, qui est devenue une icône, mais également la chute des Romanov, les adieux de Noureev à Venise. Comme je vis
là-bas, c'est plus simple pour moi de monter des expositions au Brésil que de le faire en France. Mais je reviens tous les ans, alors nous ferons peut-être quelque chose
ici.

Merci Jack de nous avoir accordé cet entretien et bon retour au Brésil!

Ce fut avec plaisir. Merci à vous et à très vite !


Véronique Spinosi
Paris, Septembre 2011